Alors qu’à cette heure, à des milliers de kilomètres de l’Europe, soldats et miliciens s’entre-tuent avec acharnement, les uns pour pérenniser l’existence de leur État, les autres pour défendre leur territoire envahie, la liste des morts, des ruines et des humiliations ne cessent de s’alourdir. À ranimer ainsi les vieilles rancœurs des populations civiles ; à conforter le pouvoir des hommes politiques en place, prisonniers de leur sectarisme ; enfin, à rallumer les braises jamais éteintes d’une haine ancestrale pour les mois et les années qui viennent, il apparaît clairement que la déraison l’emporte une fois encore sur toute autre considération, légitimant de ce fait tous les coups tordus….

C’est ce qu’évoque le texte qui suit, très cru. En conséquence, sa lecture est formellement déconseillée aux personnes trop sensibles qui pourraient ne pas supporter d’être ainsi confrontées aux horreurs de la guerre quand bien même elles sont,  hélas, la « réalité » du moment, des hommes comme vous et moi, en faisant chaque jour la douloureuse expérience…

Philippe Parrot

Sniper

Photo trouvée sur internet – Auteur non identifié

*       *       *       *

Poème 47 : Sniper

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Omnipotent, comme un dieu courroucé ! Il brandit, haut,

La foudre dans sa main qui frappera mortellement

Impurs et mécréants, en bloc condamnés…

.

Sentencieux, comme un juge rigoureux ! Il combat le chaos

Et prône la peine capitale comme unique châtiment,

À l’encontre des hommes au cœur gangréné…

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Impassible, comme le bras du bourreau ! Il ne tremble jamais

Quand il lève vers le ciel, au-dessus du billot, la hache

Pour sectionner d’un coup le cou du supplicié…

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Efficace, comme la consigne verbale donnée à une milice armée !

Il remplit sa mission par tout temps avec brio et panache,

Refusant les honneurs bien qu’il soit apprécié…

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Patient, comme le croque-mort flegmatique ! Il attend, circonspect,

Le noir fourgon où gît, déjà froid, son cadavre du jour

Seul à donner tout son sens au macabre métier…

.

Voilà les qualités de ce drôle de soldat à l’inconcevable aspect !

Allongé sur le sol, le doigt à la gâchette, compte à rebours

Commencé, il s’apprête à tirer, tueur sans pitié.

*      *      *      *

Quasi indétectable, dans ses vêtements kaki fondus dans le sable,

L’œil à son viseur, l’attention soutenue, la carabine chargée,

Il attend, tapi comme un reptile, ce bref instant

.

Où, las de toujours se battre, l’adversaire patenté et sa conjointe affable

Dans le fleuve viendront, en ce cessez-le-feu, s’immerger,

Rieurs et insouciants, pour profiter du beau temps.

.

Combattant de l’ombre, il est tant entraîné qu’il peut rester des heures

Sans bouger, à penser objectif, malgré l’accablante fournaise,

Le corps statufié, en sueur, exempt de tremblements,

.

Jusqu’à ce qu’apparaisse — libéré, le croit-il, des violences et des heurts —

Dans l’axe virtuel de sa ligne de mire, pas toujours très à l’aise,

Celui choisi qu’il doit abattre, sur ordre. Si lâchement

.

D’une balle en pleine tête — calibre 12 — qu’il la fera tout à coup exploser !

Justement, le voilà, en sursis, son mâle gibier d’aujourd’hui !

Malgré un siège interminable, conscient des périls,

.

Il prétend naïvement voler sa part de bonheur, tout contre la seule qui ait osé

Suivre ce militaire jusqu’au-boutiste traqué, mais indéfectible appui

Tant, dans leur intimité, sa bonté rend son cœur fébrile.

*      *      *      *

Ils marchent à une allure tranquille, enlacés et leur âme légère, et voudraient

Par la grâce des regards et des mots conjurer cette guerre exécrable,

Synonyme d’horribles champs de ruines trop nombreux.

.

Aveuglés par l’émotion, ils souhaiteraient renoncer aux combats d’après !

Sur les bords de l’eau, paisible et accueillante, à jamais immuable,

Ils osent se mettre nus sous l’ombrage d’un cèdre, heureux.

.

Ils ont fermé les yeux et ne songent plus à rien, par leur passion happés,

Sinon à s’épancher, s’embrasser, se caresser, ivres de tant s’aimer.

Quel envoûtant silence, inviolable ! Rien ne bruit alentour.

.

L’espoir les galvanise ! Naïfs, ils croient en l’impossible : vivre en paix !

À vouloir soudainement rassasier leurs chairs intimes affamées,

Absous par le soleil, ils s’abandonnent, radieux, à l’amour.

*      *      *      *

Couché sur son épouse offerte, son sexe dans ses entrailles, sentant

L’orgasme poindre, il voulait revoir la beauté du monde alentour

Et jouir de l’éclatante lumière du ciel, aux couleurs de la vie,

.

Quand un point scintillant, à l’horizon, l’éblouit de mille feux. Au courant,

Certain d’avoir repéré un fusil à lunette prêt à lui jouer un sale tour,

S’enfuir devint son idée fixe, seul moyen d’assurer sa survie.

.

Mais il était trop tard. À peine put-il se ressaisir pour maîtriser sa peur

Qu’un unique coup de feu redouté, lointain et percutant, retentit.

Sa tête éclatée de mari, sous l’impact du projectile, chut

.

Sur la poitrine de sa femme, toute maculée de sang. Prise de terreur,

Poussant un cri, elle rejetait son corps inerte défiguré, anéantie,

Privée de l’être aimé, brisée de jeter leurs rêves au rebut.

*      *      *      *

Plus loin, au sommet d’une colline, le visage impavide, dénué de repentir,

Pressé de partir mais nullement affolé, un quidam rangeait son attirail

Et démontait son arme, sa besogne achevée, son devoir accompli.

.

Qu’importe qu’il perçut un appel déchirant ! Il avait appris à ne rien sentir,

À n’être qu’un simple tireur, tenu pour sa cause de rester sur les rails.

Car obéir à l’ordre d’assassiner chaque jour ne doit pas faire un pli.

*      *      *      *

Quel auxiliaire avait sévi là-haut, diabolique au point de tuer de sang froid ?

D’où qu’il vienne, le savoir ne résoudrait rien car nous sommes ainsi faits

Qu’endoctriné très tôt, il pourrait, formaté, sortir des rangs de Tsahal

.

Comme de ceux du Hamas. À la guerre, il y a tant de morts par charroi

Que, dans chacun des camps, sont toujours partant des gars en effet,

Pour s’initier, sans honte, à un art trouble : expert en derniers râles.

*      *      *      *

Lorsque vous enterrerez ce combattant, demain, accompagné d’une escouade,

N’hurlez pas vouloir exterminer toute l’armée adverse ! Quels propos ineptes !

Trop d’épouses des troupes abhorrées ont déjà vécu ça. Il est donc vengé !

.

Si vous voulez œuvrer pour la fin de cet interminable conflit, partez en croisade

Contre vos dirigeants aux discours religieux et vous-mêmes aux préceptes

Sectaires ! Ils obscurcissent la raison et empêchent l’esprit de changer.

.

On n’instaure la paix qu’avec son ennemi dont il faut accepter le droit à exister.

À moins de ne vraiment pas mériter le nom d’Homme dont chaque religion

Nous rebat les oreilles quoique ses officiants, liés à d’obscurs pouvoirs,

.

Dénient ce titre aux « égarés », prompts à penser autrement sans être attristés !

Or, l’histoire l’enseigne. Haïr la différence ne sert personne et, par contagion,

Mène à la mort. Retrouvons-nous confiants à la même table pour s’asseoir !

.

Et comportons-nous en compagnons, tels des apôtres,

Horrifiés d’avoir été si longtemps dans le rejet de l’autre !

.

fichier pdfP 47 – Sniper

Poème écrit par Philippe Parrot,

Commencé le jeudi 17 juillet 2014,

Terminé le dimanche 20 juillet 2014

Et modifié le 19 septembre 2024.

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