Alors qu’en cette mi-décembre, l’évacuation des habitants d’Alep-Est semble se poursuivre, laissant augurer la fin prochaine d’un siège interminable qui fit des milliers de morts, force est de constater que l’agonie de cette ville a mis en évidence : 1/ Le poids grandissant de la Russie dans les conflits internationaux, Poutine n’hésitant pas à réduire la diplomatie à l’art de la guerre ; 2/ Un certain effacement des États-Unis qui refuse désormais de jouer au « gendarme » du monde après les conséquences désastreuses qu’eurent leurs interventions ces vingt dernières années ; 3/ La fin des « printemps arabes » qui prétendaient instaurer une alternative démocratique aux régimes autoritaires en place au Moyen-Orient.

Avec l’écrasement des oppositions dites « démocratiques » par l’armée légaliste, appuyée par des milices chiites, il ne reste plus désormais en Syrie que deux alternatives : soit le régime de Bachar el-Assad soit les djihadistes. Mais comment choisir entre deux dictatures ? Face à une situation politique des plus incertaines et des plus chaotiques qui débouchera sans doute dans les prochains mois sur d’autres batailles, envahi par un sentiment d’impuissance, je souhaitais simplement, à travers le poème présenté ci-dessous, évoquer le martyre de cette ville afin que ses habitants demeurent un peu plus longtemps dans nos mémoires…

Philippe Parrot

229 - Ville d'Alep

Ville d’Alep aujourd’hui…

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Poème 229 : Alep !

.

Pendant que, sous les bombes dernier cri

Des aviateurs russes, les survivants d’Alep,

Assiégés affamés, finissent, tels des proscrits,

Par mourir oubliés sans qu’on portât un crêpe…

.

Pendant que, dans l’amas de ruines fumantes

Des immeubles éventrés, maints cadavres mutilés,

Par charroi, pourrissent dans l’apocalyptique tourmente,

Sous le ciel bleu d’Orient, leur tête explosé, macabre défilé…

.

Pendant que les troupes assaillantes, alliées

À des milices armées, dans leur folie vengeresse

Dictée par leur chef despote, s’en prennent par milliers

Aux civils vaincus, brisés par le siège, la famine et le stress…

.

Pendant que les familles, de « rebelles » ou non,

Contraintes d’évacuer leur quartier, hagardes et endeuillées,

Sont dispersées — manu militari — dans des campements sans nom

Par l’armée conquérante… ailleurs, tranquilles, à la boutonnière un œillet,

.

Nous autres, Occidentaux, continuons d’avoir

La folie des Grandeurs : toujours plus de biens

À ne savoir qu’en faire, toujours moins de devoirs

À ne songer qu’aux droits ! À oublier ainsi combien

.

Nous devrions être solidaires des démocrates idéalistes

Qui meurent pour leurs idées ; des mères désemparées qui

Bercent leurs enfants aux regards atterrés, en peuples égoïstes,

Nous préférons laisser faire. Trop occupés à jouir de nos acquis !

.

fichier pdfP 229 – Alep !

Poème écrit par Philippe Parrot

Le lundi 19 décembre 2016

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