Lorsque nous évoquons la pauvreté, la désocialisation, voire l’exclusion, l’image du Sans Domicile Fixe (SDF) nous vient naturellement à l’esprit. Présent dans nos villes, le « clochard » s’approprie les rues d’une manière si « dérangeante » qu’il suscite de la part des citadins comme des autorités des réactions diverses (compassion, rejet, prises en charges publiques, etc).
Si sa vie de paria pourrait laisser croire à un relâchement de tout lien social, à une rupture avec son ancien milieu social, il n’est pas pour autant « socialement » mort. Même ténues, il conserve souvent des attaches avec son passé. Enfin, contrairement aux idées toutes faites, il n’est ni « paresseux » ni inactif. Au contraire ! Pour survivre au quotidien, il met constamment en œuvre des actions spécifiques pour faire face aux imprévus. Ainsi son existence n’est pas aussi chaotique que nous le supposons. Elle s’inscrit chaque jour dans une vision de ce qu’il peut ou veut faire, compte tenu de son état psychique du moment, tributaire, hélas, de pesants facteurs (enfance difficile, alcoolisme, etc).
Philippe Parrot
Photo trouvée sur internet (tirée de huffingtonpost) – Auteur non identifié
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Poème 264 : Sans domicile fixe
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Par un soir d’hiver,
Las d’avoir trop marché
Sur des routes poussiéreuses,
Aux caillasses coupantes,
Et d’avoir trop toussé
Dans le brouillard
De matinées glaciales
— Tous ses rêves d’Absolu déchus
Et son corps exsangue, miné —
Au terme d’un éprouvant périple
Aux confins de mondes inconnus,
Il revient dans son village où nuls
Femme et enfants ne l’attendent.
.
Assis devant la ferme,
Délabrée, où, jadis, il vécut,
Il se revoit riant et courant avec
Ses parents, dans le jardin fleuri,
À cette heure délaissé, où végètent,
Sous la neige, des herbes rabougries.
* * * *
Subite magique réminiscence ! Voilà
Que sa mère lui sourit et l’incite,
De suite, à monter se cacher
Dans leur cabane en bois,
Perchée sur « son » chêne
Cher dont il ne reste rien,
Sinon une souche pourrie.
.
Plein de mélancolie à l’âme,
Il dirige vers le ciel un amer
Regard… Il a tant traversé de
Plaines et gravi de montagnes,
Tant longé de fleuves et couru
Sur des grèves… qu’il aurait
Tant aimé léguer à quelques
Proches ses trésors enfouis.
.
Lucide, sombre et silencieux,
Il sent aux spasmes dans sa poitrine
Qu’il ne transmettra nul héritage, sa fin
Trop imminente. Alors, dans la grange
En ruines où il jouait gamin, il s’est
Couché pour dormir tout son soûl,
Histoire, dans un coin, d’oublier
Une existence faite d’errances,
En quête de radieux horizons,
Traversé de ressentis puissants
Face à d’inoubliables spectacles…
Hélas, tous se perdront dans l’éther,
Comme un souffle dans le vent !
* * * *
Quelques semaines plus tard,
Des mômes d’un bourg proche,
— Investissant les lieux en
Vue d’un jeu de pistes —
Trouvèrent un pauvre hère,
Puant, mort depuis des jours,
Aux chairs décomposées…
.
Il serrait dans sa main
Un peu de « sa » terre d’ici.
.
Poème écrit par Philippe Parrot
Entre le mercredi 24 mai et le jeudi 25 mai 2017
Et modifié le 30 novembre 2019.
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Poème lu par Agnès Henneguy
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