Inspirer longuement… lentement… profondément… régulièrement… Et toujours par le nez pour obliger cet air qui me manque tant à pénétrer ma poitrine et à oxygéner mes poumons ! Puis expirer pareillement, mais cette fois par la bouche ! Voilà ce que me répète sans cesse l’infirmière, avec une constance qui force l’admiration. Gantée, casquée, masquée, blousée — invraisemblable armure de gants, de coiffe, de masque, de blouse, de sur-blouse, et même de lunettes — elle ressemble, à s’y méprendre, à un être fantomatique dont on distinguerait à peine le regard, concentré mais bienveillant, parfois traversé par des éclairs d’angoisse.
Et, au beau milieu de ces machines et de ces fantômes, moi ! Sur mon lit d’hôpital, coupé des miens, qui me bats et me débats pour trouver à chaque seconde la volonté d’aller, encore et toujours, chercher ces bouffées salvatrices… Jusqu’à ce fatal instant où, l’effort trop douloureux, les tentatives trop épuisantes, ils me suggéreront de me mettre en coma artificiel, intubé, sous respirateur. Envahi soudain par cette glaçante question : « Me réveillerai-je ? ».
Philippe Parrot
Photo libre de droit trouvée sur Pixabay.com ( Auteur : Geralt )
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Poème 430 : Le Monde-d’Après
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Virus dévastateur, tu
Pénètres les corps et les
Enfièvres, malades affalés
Sur leur lit d’hôpital, abattus !
* * * *
Quelle âpre agonie de se
Sentir privé d’air, asphyxié
Lentement, pareil au supplicié
Pendu sous un arbre mousseux…
.
Sous le regard professionnel des soignants
Mobilisés pour te traiter durant des jours,
Toi, vieux voyageur sans billet de retour,
Avant qu’ils te sédatent enfin, feignant
.
De ne pas tout comprendre, épuisé par tes
Combats en vue de respirer, tu acceptes, hagard,
Qu’ils te plongent dans le coma. Prémices du Départ ?
Dans ta chambre stérile, affaibli, l’esprit rongé par l’anxiété,
.
Quel effrayant naufrage que,
Tes proches à quai, sombrer
En solitaire, le teint marbré,
Sans pouvoir dire « adieu » !
* * * *
Quelle faute aurais-tu donc commise
Pour qu’Elle te traite ainsi ? En paria.
Aucune !.. Au cœur d’une fatale féria,
La Camarde, sur ta tête, joue sa mise.
.
Et, sans jamais que tu ne le saches, les
Survivants au Mal compteront leurs morts
Avant de devoir les oublier, laissés aux abords
Du nouveau Monde-d’Après, incertain et muselet !
.
Poème écrit par Philippe Parrot
Entre le 21 et le 23 avril 2020
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