Rex, le lion, Babar, l’éléphant et King-Kong, le singe, déambulaient dans les rues vides de la ville, là où, quelques semaines plus tôt, il eut été impensable qu’ils puissent s’y trouver, toutes réservées aux hommes. Mais la pandémie était passée par là… Tandis que les humains s’étaient auto-emprisonnés par décret, les animaux, eux, en avaient profité pour s’échapper des zoos et recouvrer leur liberté.
Enfin, ils payaient la note, ces matamores qui avaient cautionné leur enfermement, ravis d’éprouver maint frisson à le voir tourner sans fin dans sa cage ; satisfaits de manifester maint étonnement à l’observer, immobile, balancer sans cesse tête et trompe, seul dans son enclos ; heureux d’éclater de maint rire à le voir tendre mains et bras à travers les barreaux pour quémander « quoi », ses grands yeux tristes…
Oui, c’était fini ! Désormais, vengé, le trio ne pouvait s’empêcher de se marrer à voir ces bipèdes, hier encore imbus d’eux-mêmes, conquérants et dominateurs, confinés aujourd’hui, contraints de survivre cloîtrés derrière des fenêtres, encagés dans des espaces réduits comme tous trois l’avaient été si longtemps, si arbitrairement, pour de si mauvaises raisons.
Et dire qu’ils devaient, sans doute, à un sympathique pangolin que leurs anciens maîtres vivent — dans leur chair, leur esprit et leur cœur — combien le mot « confinement » impliquait de peurs et de souffrances… Bien fait pour leur gueule ! Ils lui en étaient sacrément reconnaissants.
Philippe Parrot
Photo libre de droit trouvée sur Pixabay.com ( Auteur : Vperemencom )
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Poème 431 : Covid, quand tu nous tiens !
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Derrière nos rideaux d’ fenêtres,
Larges — sécurité double vitrage,
Bien contre les cambriolages ! —
Nous tous, « cons finis », maîtres
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Des villes, des bourgs, des abribus,
Des rues, des ch’mins, des routes,
« Coincés »… bicoz sacrée déroute,
« Confinés »… bicoz c’ foutu virus,
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Encagés, comme des bêtes de cirque
Aux vies d’ merde ent’e des barreaux,
Voyons passer, au pied des caniveaux,
Dét’nus déboussolés, privés d’ niaque,
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Girafes, chevaux, singes et gazelles,
Lions, tigres, panthères, éléphants,
Libres ! Y s’ bidonnent, triomphant,
D’ nous voir à leur place. Quel zèle !
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Au gardien d’ leur zoo, dézingué,
Asphyxié, poumons hors service,
Noire et blanche, pleine de vices
Une pie, voleuse, d’humeur gaie,
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A chouravé les clefs, à la ceinture
Du macabé, puis, rendu leur liberté
À cette faune bigarrée qu’afin d’ mater
L’on coffrait, en geôliers cyniques et durs.
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Dans trop peu d’ mèt’es carrés,
Cad’nassés, cloîtrés, embastillés,
Fliqués, à n’ plus pouvoir décaniller,
L’on en chie, grave, infoutus de s’ marrer.
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Sans boulot, sans revenu… la smala
Sur le dos dont il faut s’occuper… Elle
Harcèle tant et tant que — d’ plus belle —
L’on en picole des litrons, avachis sur l’ sofa.
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Emmurés — salop’rie d’ merd’ d’histoire —
Pour des jours, des s’maines, des mois… sans
Avoir rien à foutre, projets, amours, voyages s’en
Vont… à vau-l’eau, en couille, le cœur au désespoir.
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Obligés de s’ plier au « Restez chez vous ! »,
L’on peut plus, dehors, déconner. Chiasse !
Mômes sans maîtresse, maris à la ramasse
Sans la leur, les épouses craquent. À bout !
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Perdus — mais bientôt tracés ! — l’on s’ sent cuit,
Taraudés par deux peurs. Que d’main l’on en crève…
Ou qu’ nos p’tites vies — à n’ plus ressembler à un rêve —
S’apparentent, un d’ ces soirs, au pire cauchemar de nos nuits !
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P 431 – Covid, quand tu nous tiens !
Poème écrit par Philippe Parrot
Entre le 28 et le 30 avril 2020
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