Quatre, dans dix mètres carrés à peine ! Et que des mecs ! Une telle promiscuité, il ne l’avait jamais connue dans l’exigu trois-pièces que sa famille, nombreuse et bruyante, occupait au cœur de la Cité. Là-bas, même s’ils vivaient les uns sur les autres, dans une précarité constante que compensait mal une kyrielle d’aides sociales, une forme de solidarité demeurait entre parents et enfants bien que chacun menât une vie des plus chaotiques dès lors qu’il franchissait le seuil de l’appart.

Il en était le plus bel exemple. Déscolarisé très vite, fier de trainer en compagnie de petites frappes au pied des blocs puis de les épauler dans leurs sales coups, il avait commencé par des vols à l’arraché avant de se spécialiser dans les braquages, le racket et la drogue, à chaque fois aux ordres des caïds du quartier.

Cependant, s’il avait toujours su ne pas avoir la trempe d’un chef, c’est en prison qu’il réalisa vraiment ce que le mot « soumission » signifiait.

Ne lui restait donc plus qu’elle !

Philippe Parrot

433 - La prison, après...

Photo libre de droit trouvée sur Pixabay.com ( Auteur : Ichigo121212 )

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Poème 433 : La prison, après…

.

Dans ma tête

— Comme

Dans cett’ tôle —

Y a trop d’ gens

Qui m’ baisent !

.

Dans c’ monde vendu qui

Part en couille, mon sort

Tributaire d’ mon passé

Et mon cul, d’ ces brutes,

J’ traîne trop d’ boulets !

.

J’ suis coincé — avec

Trop d’ cass’roles ! —

Ent’e les quat’e murs

D’ mon histoire…

D’ ma geôle…

.

Malfrat en ch’ville avec

Plein d’ black, blanc, beur

Du 9-3, tous chômeurs,

Cogneurs, dealers, v’là

Mon parcours !

.

Braqueur, baiseur, flambeur,

Sniffeur d’ coke au bas des blocs,

Pour l’heur’ sur c’ bat-flanc, j’ ressens

Que d’ la colère, que d’ la haine… Dans

Mes veines, n’ bouillonn’ qu’un sang âcre !

.

Pourtant, l’ Temps passe et les

Choses changent. D’une manière ou

D’une autre ! Sauf là où j’ suis, les

Pieds dans la merde, sauf là où

J’ sue, les doigts dans l’ broyeur.

.

Oui ! Dans mon crâne,

Pareill’ment dans c’t enfer,

Chaque coin, recoin, est pourri,

On n’ peut plus dégueulasse !

Foutrement ! Sacrément !

.

Taulards pervers,

Gardiens brutaux !

Qu’ d’ gars à la dérive,

Tous frappadingues,

Jouissant à m’ briser.

.

À m’ voir croupir, moisir

Au fond d’ c’tt’ impasse,

Mon esprit, mon cœur,

Mes envies, mes désirs

Crèvent, je l’ sens bien.

.

Serait-ce mon destin ?

Serait-ce mon tour, à moi

Aussi, que l’ Temps, l’Espace,

Compté, limité, à entraver ma

Liberté, m’ tuent à p’tits feux ?

.

Car, mes forces s’amenuisent.

Dans l’ foutoir d’ mes songes,

Dans l’ bordel d’ ma cellule,

Trouverai-je, un beau jour,

Encore assez d’ courage

.

Pour espérer, un tant soit

Peu, en demain ? Au milieu

Des peurs, des coups, des cris,

Des menaces, entendrai-je

Mes silences me parler ?

.

Me confier, en aparté,

Ce qu’il me faut écouter !

Verrai-je, bientôt, sur les murs

Tagués du mitard aut’e chose que

La marque d’ mes rancunes noires ?

.

Des années à m’ faire chier

Durant des jours, emmuré

Dans c’ cloaqu’, pour finir,

Brisé, six pieds sous terre,

Bouffé par les vers ! Fuck !

.

J’ai déconné !

Puis, j’ai morflé,

Sévère ! Rien à r’dire,

J’ dois trinquer ! Normal

Qu’ vienne l’heure d’ payer !

.

Si j’admets qu’ mes conn’ries d’hier

M’ont mod’lé, hélas pour le pire,

J’ voudrais croir’ qu’ mes choix,

D’aujourd’hui pour l’avenir, me

F’ront tout autant. Mais meilleur !

.

Comment m’extirper de

Cett’ salop’rie d’ spirale ?

Comment remporter c’ fou

Pari et gagner c’ combat,

À l’issue improbable ?

.

Serai-je disposé

À tout larguer, à

N’ pas r’voir les

Caïds d’ ma Cité

Quand j’ sortirai ?

.

Des années, à jouer

Les Durs, j’ai brillé

Jusqu’au jour où plus

Fort qu’ moi m’a défoncé,

Ravi d’ m’ foutre une branlée.

.

Mais à c’tt’ heure,

Las d’êt’e cassé, v’là

C’ que j’ voudrais !

Enfin, une oreille

Qui m’écoute.

.

Enfin, un r’gard

Qui m’ comprend.

Enfin, une main qui

M’effleure ; enfin, une

Bouche qui m’ sourit.

.

Ah ! Ton corps qui

S’ livrerait ! Ton âme

Qui s’offrirait ! Dis-moi,

Si canon, face à moi,

Au parloir :

.

« S’rais-tu prête à

Plaquer ta vie d’ici

Quand j’ s’rai libéré,

Pressée d’ courir avec

Moi après l’ bonheur ? »

.

fichier pdfP 433 – La prison, après…

Poème écrit par Philippe Parrot

Entre le 11 et le 15 mai 2020

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