Il y a quelques jours, sur Facebook, j’ai vu passer sur mon fil d’actualités la photo d’une jeune femme prénommée Marion. Hospitalisée dans un service de soins palliatifs situé dans le Nord de la France, indépendamment de sa prise en charge médicale, elle avait bénéficié du soutien de l’association « Les Sabots du Cœur », dirigée par Hassen Bouchakour, qui permet aux malades en fin de vie d’être accompagnées par Peyo, un singulier cheval « passeur d’âmes ».
Très amaigrie et diminuée, elle s’était cependant redressée sur son lit pour poser sa main droite à hauteur du garrot de l’imposant visiteur et appuyer sa tête contre son poitrail, yeux fermés, sa longue et ondoyante chevelure tombant sur ses épaules. Il y avait tant d’abandon, tant de lâcher prise dans sa touchante attitude, sans douté épuisée par un combat qu’elle savait perdu, que le destin de cette attachante personne, mère de deux enfants et à cette heure décédée, m’a ému.
C’est donc à elle — mais aussi aux autres mères qui laissent, elles aussi, des orphelins désemparés — que je dédie le poème ci-dessous.
Philippe Parrot
Photo libre de droit trouvée sur Pixabay.com (Auteur : Engin_Akyurt)
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Poème 462 : Soins palliatifs
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Quelle sorte d’abandon,
Quel genre de lâcher-prise,
— Inscrits, comme par instinct,
Au sein même de tes chairs,
Au terme d’épuisants combats,
Héroïques, aujourd’hui vains,
Contre un mal incurable —
Recherches-tu donc là,
Hier, jeune mère rieuse,
À cette heure mourante,
Lorsqu’au prix méconnu
De douleurs surmontées,
Dressée sur ton séant,
Sur un lit d’hôpital,
Tes fesses meurtries
Par de larges escarres,
Ta nuisette flottant sur
Ta cachectique personne,
Tes fines mains tendues,
Diaphanes et décharnées,
Tu enserres entre tes bras,
Malingres et squelettiques,
Tes deux enfants présents,
Tes rares et blonds et longs,
Ternes et cassants cheveux,
Ondoyant sur tes frêles
Épaules, par vagues
Successives ?
.
Sans doute, dans cette
Brusque vive étreinte,
Tentes-tu t’atteindre
La communion des
Âmes, inexplicable,
Dans l’animale fusion
De vous trois confrontés
Aux peurs et aux pleurs !
À l’imminence du Départ,
Il y a, dans ce bien bel élan
De transports maternels,
Si poignant à leur cœur,
L’incontestable preuve
De la puissance du lien,
Intemporel et indicible,
Qui t’habite et t’anime,
Malgré l’Inéluctable.
.
Toute lasse que tu sois, tes yeux
Vite fermés, grands ouverts
Sur les aires de cet Ailleurs
Qu’au tréfonds de toi-même,
Tu sais très bientôt parcourir,
Le corps miné, l’esprit usé…
Tout apeurés qu’ils soient,
De vivre avec l’angoisse
Qu’à devoir les quitter,
Tu vas, ici, les laisser,
Désemparés et seuls,
Privés de ton entrain,
Sevrés de tes caresses…
D’appréhender ces choses,
Vous vous livrez follement
À cette seconde, suspendue,
Vécue comme hors du Temps.
Que désires-tu, une fois encore,
Témoigner à tes chers garçons ?
Que souhaites-tu leur dévoiler,
Mieux que ne le ferait un tendre
Aveu dans ta bouche trop sèche ?
.
À t’abandonner, enfin, tout contre
Leur poitrine menue, palpitante,
Et leurs membres frissonnants,
Soudain, voilà qu’ils partagent
Ton impatience à ne plus faire
Qu’un avec eux. Oui ! L’émoi
— Surnaturel et profond —
Que vous éprouvez, là,
Ensemble, à cet instant,
Leur survivra toujours
— Ils le savent désormais ! —
Quand bien même, toi,
Aimante et coquette,
Tu auras disparu.
.
Cet ardent et déchirant enlacement,
Plus parlant que des mots, plus
Marquant qu’un cadeau, tous
Trois, vous le savez, c’est ton
Ultime câlin… S’il trahit
Ton être en partance
Vers de célestes lieux,
Il met surtout à nu, avec
Quelle émotion, au moment
De partir pour ne plus revenir,
Quel sentiment, en toi brûlant,
Maintenant incandescent en eux,
Porteur, les accompagnera toujours :
Ton fort et lumineux, trop bref, amour !
Et, dans le silence, planent vos sanglots…
.
Poème écrit par Philippe Parrot
Entre le 15 et le 18 décembre 2020
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