Depuis combien d’années vivait-il ici, dans cette baraque à flanc de montagne, où nul visiteur ne venait plus le déranger ? Depuis des décennies sans aucun doute puisqu’il avait fini par oublier jusqu’à son nom et son prénom, jusqu’à son enfance et ses amours ! Retiré là sans même se souvenir comment et pourquoi il avait choisi cet endroit — à croire que de singulières circonstances, aujourd’hui toutes occultées, l’y avaient poussé — il vivait de cueillette et de chasse, avec comme seul compagnon, un aigle.
Oui ! Un aigle royal qui, une nuit d’orage, malmené par de violentes pluies et bourrasques, était venu s’écraser sur son toit dans un bruit sourd avant de rouler et choir sur le sol, au pied de la porte. Blessé à la patte et en état de choc, il s’était laissé attraper, trop épuisé pour lutter bec et serres. Il l’avait installé près de la cheminée et l’avait nourri durant des jours jusqu’à ce qu’il le vit, un matin, venir se poser d’un coup d’aile près de la seule fenêtre qui éclairait la pièce, le regard vers les cieux. Il comprit qu’il était rétabli et ouvrit les deux battants. L’hôte s’envola. Plusieurs jours s’écoulèrent sans l’apercevoir à l’horizon quoiqu’il ne cessât d’observer en permanence le ciel. Jusqu’à ce soir où, assis près du feu, il entendit cogner contre la vitre. L’oiseau était là, désireux de retrouver son sauveur. Il tourna la poignée de la crémone et l’accueillit. Le rapace récupéra sa place et, au chaud, s’endormit.
Depuis, magique attachement, il libère à chaque aube le roi des cieux qui revient à chaque crépuscule, passant désormais ses journées à tournoyer en grands cercles au-dessus du refuge.
Philippe Parrot
Photo libre de droit trouvée sur Pixabay.com (Auteur ; Suju-foto)
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Poème 472 : Renoncer aux mots
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Dans les pleins et les déliés,
Censés être de fidèles alliés,
Ciseleurs d’élégantes lettres
Qui, sans rien laisser paraître,
Tuent le Désir à le muer en mots,
Au gré des livres vendus en promo,
Il a longtemps espéré et cru possible
D’échapper, à les dévorer, à l’indicible
Poids des doutes, et angoisses et peurs,
Qui empêchent d’atteindre le bonheur.
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Pourtant, qu’il s’agisse de romans, de confessions,
Prétendument sincères, ses pulsions et émotions,
Au fil des pages, il les a vues toutes caricaturées,
Par le formalisme du langage toutes emmurées,
Leur complexité toujours trahie par les images
Ou les pensées qu’ils véhiculaient au passage.
Au final, à contester la justesse de leur regard
Sur l’âme, il a décidé de les bannir, sans égard
Pour les lecteurs qui prétendraient le contraire,
Trop enthousiastes et jeunes pour s’en abstraire !
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Désormais reclus dans un abri sur le flanc d’une montagne,
Inaccessible, à l’opposé de ce que fut sa vie de cocagne,
Il a renoncé, sans regret, aux livresques échappées :
Aux productions de l’esprit, par l’ambition happé,
Aux œuvres tendancieuses, trop trompeuses,
Aux phrases alambiquées, souvent creuses,
Surtout, aux ouvrages abscons et critiques
Qui, au service de convictions dogmatiques,
Voudraient voir l’humanité se laisser emporter
Par un vent de l’Histoire qui chasserait la Beauté.
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À vouloir trop et tant,
Dans son cœur, la préserver,
En vieil ermite détaché de « l’instant »,
Dans le cocon des rêves, il s’est à jamais lové.
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Poème écrit par Philippe Parrot
Entre le 25 et le 29 mars 2021
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