Il ne régnait plus sur Terre qu’un immense chaos et une nuit sans fin. Villes anéanties, campagnes dévastées, rues comme voies bombardées ! Immeubles effondrés, maisons saccagées, jardins et parcs piétinés ! Ponts effondrés, routes coupées, fleuves pollués, mers contaminées ! Trains déraillés, avions écrasés, voitures abandonnées, poussettes oubliées ! Enfin, un linceul de nuages toxiques dans le ciel et un soleil caché !
Que s’était-il donc passé pour en arriver là ? Nulle possibilité de réponse ne viendrait désormais troubler le lourd silence d’un Temps à jamais suspendu puisque tous les hommes avaient disparu, exterminés par leurs bombes et leurs virus, fruits de leurs haines et de leurs folies. Ne restait pour témoigner du passé guerrier et, parfois, glorieux de leurs civilisations qu’un volatile gracieux, très haut perché. À quoi ou à qui cet oiseau des eaux devait-il sa survie ? Cela demeurait un mystère qui laissait d’ailleurs de marbre l’intéressé.
Philippe Parrot
Photo libre de droit trouvée sur Pixabay.com (Auteur : MabelAmber)
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Poème 475 : Le héron
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De leur tic-tac,
Mécanique,
Obsédant,
Elles marquent
Le rythme
D’un monde
Décadent,
Mourant !
.
Qui ? Les aiguilles d’un coucou
Suisse, accroché dans le Vide !
* * * *
Les forêts ont toutes été rasées,
Détruites avec des lance-flammes.
Ne reste que quelques souches
Qui pleurent leurs branches et
Feuilles envolées vers les Cieux…
.
Les fleurs ont toutes disparu,
Écrabouillées par des tanks.
Ne reste que quelques tiges,
Rabougries et desséchées,
Qui narrent, au vent mauvais,
L’époque où elles paressaient,
Chauffées à blanc par le soleil…
.
Les hommes, aussi, s’avèrent exterminés,
Fauchés par leurs virus et leurs bombes.
Ne reste que quelques rares cadavres
Qui portent un regard fixe et vague
Sur des no man’ land indistincts,
Noyés dans les volutes de fumée
Que des dieux, gros fumeurs,
Expirent à chaque seconde.
* * * *
Demeure uniquement
— Par quel miracle —
Un héron facétieux !
* * * *
Bien que le canal soit pollué
Et les poissons tous crevés,
Flottant, laids, à la surface,
Le volatile se rit du Temps,
En dernier roi de l’Espace.
.
Ses grandes ailes déployées,
Son vol est si lourd et lent
Qu’on dirait qu’il attend
Le couchant d’un astre
Rougeoyant qui doute
D’un bel horizon comme
D’un demain prometteur.
N’y aura-t-il plus de Levant ?
* * * *
Demeure uniquement
— Par quel miracle —
Un héron facétieux !
* * * *
Sous un chapelet d’étoiles,
Au plus près des nuages,
Sa beauté indécente,
— De son long bec effilée
Jusqu’à ses frêles pattes —
Embellit les noirs souvenirs
Des âmes des humains disparus
Qui hantent les abords de marais
Où des « choses » sans bouche
Discutaillent, sans arrêt,
Sur le sexe des anges…
Où des « choses » sans jambe
Courent, sans allant,
Sur des chemins boueux…
Où des « choses » sans bras
Étreignent, sans conviction,
Des croque-morts rigolards.
* * * *
Demeure uniquement
— Par quel miracle —
Un héron facétieux !
* * * *
À seul savoir qu’il a
— Satisfait de son sort —
Beaucoup de temps à vivre,
Bouffeur d’Éternité qu’il est,
Il ne côtoie que les pierres
Qui ricanent bêtement
D’être les gardiennes
Des âges de la Terre.
.
À seul savoir qu’il a
— Satisfait de son sort —
Beaucoup de temps à vivre,
Bouffeur d’Éternité qu’il est,
Il observe d’en haut, l’œil narquois,
Ces « choses » laborieuses qui baisent
Dans les champs et les prés, survivantes
Atterrées de toutes les fins du monde.
* * * *
Demeure uniquement
— Par quel miracle —
Un héron facétieux !
* * * *
À s’aider du courant ascendant
Qui se plaint d’être bien mal
Payé par un ciel trop avare,
Il sent qu’à voir ses plumes,
Grises, prendre étrangement
Les couleurs de l’arc-en-ciel,
Nourri par les ions de l’Éther,
Il chassera, bientôt, sans coup
De feu, ces visions, qui harcèlent
Son esprit, de carpes imprudentes,
Assez sottes pour se laisser surprendre.
* * * *
Demeure uniquement
— Par quel miracle —
Un héron facétieux !
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Pour qu’il vive longtemps
Dans ce chaos fétide où rien
N’est impossible — les hommes
Durablement hors jeu — laissons,
Crédules redevenus, son destin,
Abracadabrantesque histoire,
Envahir promptement nos
Imaginaires inféconds,
Hélas trop formatés.
À investir nos êtres,
Il étouffera dans l’œuf
La vanité des humaines
Pensées qui, constituées en
Savoirs, inhibent nos émotions.
.
Trop raisonneurs qu’on est !
.
Poème écrit par Philippe Parrot
Entre le 26 et le 29 avril 2021
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