Bras séculier des dieux, au service de leur seule Volonté, la venue sur Terre de l’Oiseau-du-Hasard n’était jamais aussi fortuite que la rumeur populaire le laissait supposer. Animal de légende, il hantait depuis des siècles l’esprit des peuples qui racontaient toujours le voir survoler leur territoire à l’instant où ils s’y attendaient le moins, mandaté là, altier et majestueux, pour changer leur destin.

Impressionnante tâche noire planant parmi les nuages, son envergure était telle qu’elle projetait sur le sol une ombre gigantesque sur des kilomètres carrés. Et, cette apparition, les hommes la redoutaient car ils ne pouvaient nullement deviner quelles conséquences en découleraient plus tard, au fil des jours, des mois ou des années. Impuissants, ils n’avaient plus qu’à attendre que le cours des choses alla dans la direction voulue par ses Maîtres.

Et, en ce jour d’été où il traversait d’immenses contrées désertiques, sa tâche était, pour une fois, des plus futiles : semer une graine au beau milieu des dunes !

Philippe Parrot.

479 - La rose et la goutte de pluie

Photo libre de droit trouvée sur Pixabay.com (Auteur : Engin_Akyurt)

*      *     *     *

Poème 479 : La rose et la goutte d’eau

.

En cet endroit stérile

Où l’on t’abandonna,

Graine déposée un soir

Par l’Oiseau-du-Hasard,

Tu m’espères et me veux,

Seule au milieu des sables,

Perdue au faîte d’une dune

Où tu suffoques au souffle,

Asséchant, du sirocco…

.

Sous les rais ardents

Du soleil conquérant

Qui transforme l’aire

En un immense bûcher,

Oui ! Tu m’attends. Moi !

La goutte d’eau de pluie,

Fraîche et salvatrice,

Tombée d’un nuage,

Bas et de passage,

Qui te fécondera en

Abreuvant tes chairs,

Au travers de ta coque

Craquelée à dessein…

*      *      *      *

Oui ! Tu m’attends. Moi,

La goutte d’eau de pluie !

Et je l’entends clairement

Ta supplique désarmante :

« Portée par un violent orage,

Rare en ces contrées, surtout

Ne t’abats pas sur une pierre

Proche qui se passe de boire ».

.

Oui ! Tu m’attends. Moi,

La goutte d’eau de pluie !

Et je l’entends clairement

Ta supplique désarmante :

« Viens vite dispenser, dans

Ta chute subite, cette source

De vie, sacrée, qui fera grandir

Ma frêle tige jusqu’alors assoiffée

Par les inextinguibles chaleurs

D’un désert infini, en manque

Du grand jardin où butinent

De vrombissantes abeilles,

Grisées par les fragrances

Du rosier d’où je viens ».

.

Oui ! Tu m’attends. Moi,

La goutte d’eau de pluie !

Et je l’entends clairement

Ta supplique désarmante :

« Viens choir sur mes pétales

Et vite te glisser au cœur de mon

Bouton pour qu’il s’ouvre soudain,

Ivre de tes fraîcheurs, à cet instant

De l’aube où brillent au firmament

Encore quelques étoiles qui tardent

À disparaître. Viens, ronde et irisée,

Combler mon fol désir de croître et

D’embellir afin d’être « l’Unique »

En cette rude région où le soleil

Règne en monarque absolu ;

Afin d’être dite « La seule »

Qui émerveille longuement

Les altiers Hommes Bleus

Juchés sur leur chameau,

En marche vers l’Orient,

Aux mythiques richesses. »

.

Oui ! Tu m’attends. Moi,

La goutte d’eau de pluie !

Et je l’entends clairement

Ta supplique désarmante :

« Ô perle tant convoitée,

Tombe sur la pauvre oasis,

Minée par la sécheresse !

Apporte, avec toi, cette

Humidité bienfaisante,

Garante de la vie, avant

Que ne survienne, dans

L’aurore rougeoyante,

L’astre incandescent !

Glisse sur ma corolle

Afin que je m’abreuve !

Ainsi, pourrai-je, vivifiée,

Éclore à la face du monde,

Resplendissante et fière rose,

Germée dans ce coin oublié ! »

*      *      *      *

Pour que je m’épanouisse

— Ne serait-ce qu’une journée,

Magique et mémorable —

Laisse-moi devenir, aimée,

La plus belle d’entre toutes !

.

Celle, irrésistible, qui

Fleurit uniquement dans

Le cœur des éternels rêveurs

Qui n’ont d’yeux que pour « elle ».

« Elle » qu’ils caressent, pleins d’émois,

Implorant : « Joue sans frein de tes

Charmes. Tes formes et ta couleur,

À éblouir nos regards attendris,

Ravissent nos âmes bleues. »

*      *      *      *

Sublime et rayonnante, en reine

De ce monde, au teint immaculé,

Aux premières lueurs quand la boule

De feu — au ras de l’horizon — pointera,

Voilà que surgira — venu d’on ne sait où —

Un Noir voyageur, sans bagages et sans nom.

Une gourde suspendue à chacune de ses mains.

Venu s’asseoir à mes côtés, il prendra soin de moi,

Soucieux de m’arroser afin que je survive, le temps

De son sourire ; le temps de son passage ; le temps

Que lui et moi ne fassent qu’Un. À ne pas se lasser

De m’effleurer, yeux clos, grisé par mes parfums,

Du matin jusqu’au soir, dans le silence, il saura

Me choyer, ému que je sois sa « Précieuse »,

Amer que je sois périssable, conçue pour

Lui plaire uniquement quelques jours.

.

Et, lorsque je mourrai,

— Fanée, flétrie et desséchée —

À l’oreille, une brise lui soufflera :

« Ne pleure qu’un bref instant ! Vite,

Quitte ces terres qui vous virent amis !

T’as tant de choses à voir ; tant d’êtres à aimer.

Ailleurs ! Demain ! Et le temps qu’il te reste... »

.

fichier pdfP 479 – La rose et la goutte d’eau

Poème écrit par Philippe Parrot

Entre le 21 et le 25 juin 2021

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