Comment donc empêcher — quand l’amour fou conduit à maints égarements, à maints excès — que la raison ne perde pied, soudainement altérée, privée de ces repères et de ces injonctions qui ordonnent habituellement une existence tranquille ? Aveuglé par la force des sentiments qui l’agitent, ravagé par la puissance des désirs qui l’assaillent, l’amoureux se sent emporté, sans pouvoir y résister, par un tel tsunami d’émois qu’il court droit à sa perte s’il laisse faire.
Alors, quand survient, à l’improviste, cet éclair de lucidité qui permet d’entrevoir, une fraction de seconde, combien l’aventure mène à l’impasse, ne lui reste plus — si tant est qu’il veuille se libérer de l’emprise d’une union trop fusionnelle — qu’à partir à l’instant même où l’idée germe. Oui ! Claquer la porte, prendre ses cliques et ses claques et laisser derrière soi l’être trop aimé qui dévore corps et âme.
Fuir. Fuir le plus rapidement possible ; fuir le plus loin possible ; fuir le plus longtemps possible pour espérer se retrouver ! Ou… se perdre encore, mais cette fois définitivement.
Philippe Parrot
Photo libre de droit trouvée sur Pixabay.com (Auteur : Cocoparisienne)
Johnny Hallyday – Quelque chose de Tennessee
* * * *
Poème 480 : Le routard
.
De la cabine du camion,
Je vois avec émotion
Défiler les paysages,
Hanté par ton visage
Qui flotte dans la nuit…
Homme perdu, je m’enfuis,
Le regard tourné vers la route,
En main un casse-croûte…
.
Peut-être te moques-tu
Des doutes qui me tuent,
Avec des gars qui t’aiment,
Fous de toi jusqu’à l’extrême ?
Le conducteur, à son volant,
Moi, sans but, sans allant,
Me manque ta présence,
Rongé par ton absence.
* * * *
Sans amour, sans ami,
A disparu ma bonhomie.
Quelle subite rafale de vent
Me rendrait enfin plus vivant ?
Quel léger souffle dans un bel été,
Ressusciterait mon ancienne gaîté ?
Quelle stimulante brise de la mer
Chasserait mes songes amers ?
.
Hier, épris de tes airs,
Transi par tes chairs…
Hier, rivé à tes paroles,
Emporté par leur envol…
Hier, fier d’être ton amant,
Comblé par tes envoûtements,
Pourquoi avoir voulu me retirer
D’un monde à mes yeux déchiré ?
.
Parce que mes désirs,
À trop exiger de plaisirs,
Conduisaient à ma perte,
Mon âme peu disserte !
Face à ces folles envies,
Dévoreuses de ma vie,
Mieux valait partir,
Sans te prévenir.
.
Aussi, par un jour pluvieux,
Sans oser venir te dire adieu,
Ai-je pris mon vieux sac à dos,
Et, sur le passé baissé le rideau,
Porté par un obscur brûlant besoin
De liberté, censé m’emmener très loin.
À ne plus vouloir croire qu’en l’azur infini
Et ses promesses, j’ai décampé en catimini.
* * * *
Couché sous un vieux chêne
— Conscient de ma déveine —
À voir tant de feuilles mortes
Pourrir, sur place, de la sorte,
À l’aube naissante, je m’en vais
Dès que m’éblouit le premier rai,
Sur d’étroits sentiers de pierres,
Porté par la vision d’une rivière.
.
Au milieu de fragiles roseaux,
Où nichent beaucoup d’oiseaux,
Je me vois ôter mes vêtements,
Et, sans y croire réellement,
Me jeter, vite, dans son lit,
Pour noyer regret et dépit,
Impatient que son cours
M’emporte sans détour.
.
En effet, ces derniers mois,
Assailli bien trop de fois
Par des peurs, j’ai songé,
Dans le désarroi plongé,
Que ma quête de bonheur,
Loin de tes grands yeux rieurs
Et de tes vives ardeurs, en ma mémoire
Vivaces, conduisait droit vers un trou noir.
.
Car, l’obscure force en soi
Qui pousse à obéir à ses lois
En vue d’atteindre l’Absolu,
Aux limites de l’horizon nu,
— Fatigué d’avancer pas à pas
Sur d’âpres voies peu sympas —
S’amenuise à la longue, laminée
Par trop de solitude endurée.
* * * *
C’est pourquoi un matin de septembre,
Au sortir d’une anonyme chambre,
Sans roulements de tambour,
J’ai pris le chemin du retour.
Et, sur le perron de ta maison,
Poussé par d’exaltantes raisons,
J’ai frappé quelques coups à ta porte,
Sans quiconque pour me prêter main-forte.
.
À te voir m’ouvrir, belle et avenante,
Pendant que la ville trépidante
Brise les rêves dans le bruit
Et les lumières de la nuit,
J’ai renoncé aux miens
Qui ne menaient plus à rien
Et osé t’avouer, confus et blême,
Qu’au final, il n’y a que toi que j’aime.
.
Prête, à la douceur dans tes yeux,
Malgré mes errances sous les cieux,
À pardonner ma fuite et mes lâchetés,
Surtout de t’avoir cavalièrement traitée,
Envahie d’émoi, tu m’as pris dans tes bras,
Et, sur le seuil, émus malgré notre embarras,
Sans chercher à savoir ce qu’il allait advenir,
Nous voulions croire en un nouvel avenir…
* * * *
Sur tes épaules, m’abandonner,
Contre tes seins, m’oublier,
Sur ton ventre, me reposer,
Entre tes cuisses, me lover,
Miné par trop d’errances,
Tu es ma dernière chance.
À ne plus vouloir te quitter,
Laisse-moi, avec toi, habiter !
.
J’ai trop marché durant des mois
Sans jamais savoir où j’allais, ma foi,
Sous la pluie, sous le soleil, dans la neige,
Dans des forets, sur des plaines, pris au piège,
Dans des villes et des villages, toujours mal à l’aise.
Aujourd’hui, je sais que, seule, ta personne m’apaise.
Désormais, chaque jour, au réveil, au chaud contre toi,
Je ne veux plus que ta laiteuse peau comme unique toit.
.
Poème écrit par Philippe Parrot
Entre le 6 et le 9 juillet 2021
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