Les pieds dans l’eau — soucieux de les rafraîchir après les avoir malmenés durant des heures — Rakib, assis sur le rebord du vieux sampan squatté depuis des lustres, se détend, portant un regard las sur l’embouchure du fleuve qui se perd dans la mer. C’est ainsi qu’il procède chaque soir, sa journée terminée, les épaules brisées le dos cassé d’avoir porté et déchargé tant et tant de colis, de caisses et de ballots.
Qu’il aimerait retourner dans son village, loin de ces côtes bétonnées qui n’apportent, au final, que pauvreté et solitude !
Demain, pourtant, il se lèvera à l’aube pour rejoindre débarcadères et entrepôts et reprendre, inlassablement, son travail de fourmi, silencieuse et disciplinée, vouée, comme Sisyphe, à un labeur sans fin…
Seule échappatoire : contempler, entre deux déchargements, les immenses paquebots venus d’Occident déverser sur les quais voisins leurs flots de touristes, hilares et insouciants, débarqués là, quelques heures seulement, pour visiter, au pas de charge, conquérants, vulgaires et incultes, ce port chargé d’histoire, porte ouverte vers l’Asie !
Philippe Parrot
Photo libre de droit trouvée sur Pixabay.com (Auteur : Moremilu)
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Poème 489 : Port d’Asie
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Les vagues sur cette côte polluée,
À l’écume éparpillée par le vent,
Charrient sans fin des boulettes
De pétrole dans leurs bruyants
Rouleaux alors que les lueurs
Rougeoyantes du coucher,
Rasantes, irisent, là-bas,
Au port, le pont la coque
Du paquebot à quai, vide,
Amarré par ses haussières
Aux bittes impressionnantes.
.
De riches passagères ont débarqué,
Ce matin, leur valise à la main,
De grands sourires aux lèvres,
Le cœur en bandoulière. Mais,
Aucune n’est venue, de si loin,
Pour me voir ! Mais, aucun ne
M’était destiné ! Mais, aucun,
Au mien, ne voulait se donner !
Dockers, au milieu du vacarme des
Engins de levage, moi et les autres,
Parias intouchables mais serviles,
Relégués à charger et décharger
Des cargos, nous sommes là,
Uniquement, pour trimer…
* * * *
À n’être qu’un portefaix,
Corvéable à merci, vêtu d’un
Pagne sale autour de maigres
Hanches — je m’y suis résigné —
Mon destin, c’est écrit, ce n’est que
Le bruit des moteurs, des machines,
Les cris des chefs. Et tellement de sueur !
La voilà, mon existence, usante et méprisée !
.
Dès lors, comment pourrait-elle donc séduire l’une
De ces altières beautés, toutes nées en Occident ?
Quand je ne pourrais déposer à ses pieds —
Oublié dans le bidonville flottant où je
Vis — que le roulis et le tangage
Du vieux sampan où je dors.
.
Poème écrit par Philippe Parrot
Entre le 12 et le 14 octobre 2021
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