Qu’il serait bon de pouvoir jouir de nos sens sans restriction, sans honte, sans culpabilité. Hélas, formaté par la famille, puis par l’école, enfin par le monde du travail, chacun d’entre nous apprend à les « policer » en somme à les contenir ! en les moulant dans les cadres culturels et moraux que nos sociétés marchandes, soucieuses de stabilité et de productivité, nous imposent par le biais des lois.

Il s’ensuit qu’en « bons » citoyens que nous le voulions ou non nous finissons toujours par intérioriser ces normes institutionnelles, rendant les modalités d’expression de nos sens si politiquement corrects qu’en y sacrifiant l’expression de nos désirs les plus intimes, nous permettons aux États en place de conforter leur pouvoir dans le Présent et d’assurer ainsi leur pérennité dans le Temps.

Quant à nous, sans que nous nous en soyons aperçus quand cela nous aurait été pourtant salutaire, l’esprit trop absorbé à « bien » éduquer et « bien » canaliser nos sens, voilà que l’on se retrouve, au soir d’une vie, quelque peu frustré d’avoir dû sacrifier, sur l’autel de la rigueur des devoirs, la volupté des sens  !

Mais, c’est trop tard.

Philippe Parrot

490 - Je suis...

Photo libre de droit trouvée sur Pixabay.com (Auteur : Johnhain)

*      *     *     *

Poème 490 : Je suis…

.

Je suis… cet œil

Hélas, un jour, crevé

Par la bille de plomb

D’un lance-pierre, au

Main d’un garnement,

Qui voit un subit afflux

De sang bouillonnant

Investir sa rétine et

Submerger le portail

Des consciences pures

Qui aiment contempler

Ces cieux innommés où

Courent de fiers chevaux,

Leur crinière dans le vent,

Le bruit assourdissant

De leurs sabots dans

L’oreille des sourds.

Lesquels rêveraient

D’entendre la fureur

Des poèmes enflammés

Qui servent de porte-voix

Au feulement inaudible

Des blessures de l’âme.

Lesquels rêveraient d’en-

Tendre le bruit des images

Qui s’entrechoquent, à tour

De bras, dans le crâne chahuté

Des artistes, à pied, en plein cœur

De la ville, au clair de lune, errant.

.

Je suis… ce tympan,

Hélas, une année, percé

Par la pointe de la dague

D’un matamore, guerrier

Sur des champs de bataille,

Qui entend le chant lointain

D’une cohorte de sirènes,

Dans les rets de pécheurs,

Brusquement toutes prises.

Jetées sans ménagement sur

Le rivage, leur visage trahit

Les stigmates de la peur,

Arrachées à jamais à la mer

Où elles vivaient heureuses !

Livrées dans une vaste arène,

Des êtres libidineux abuseront

De leur torse désirable tandis

Que lions et tigres dévoreront

Le bas de leur corps poisson,

— Crachant à chaque fois

Leurs écailles indigestes —.

Dans un noir océan de désirs

Et de morts éparpillés au vent !

Les paroles de prophètes cou-

Vriront les cris de ces vierges

Jetées en pâture à la soif des

Butors et à la faim des bêtes,

Devant une foule hystérique,

Debout sur les gradins, hurlant.

.

Je suis… cette bouche,

Muette et grande ouverte,

Prête à gober des mouches,

Qui voudrait dévorer, crus,

Les fantômes — squatters

De châteaux forts nimbés

De spectrales lumières —

Qui traînent avec leurs

Chaînes dans les noirs

Corridors de bâtisses

Médiévales, en quête

De magiques torchères

Accrochées sur les murs.

Ils les descelleraient d’une

Main, redonnant une vie

Aux sorcières emmurées,

Couchées sur des pierres

Tombales et cataleptiques,

Plongées dans un sommeil

Profond depuis longtemps,

Causé par le mâle maléfice

D’un Prince pas Charmant.

Lequel, vite informé de leur

Libération, reviendrait les

Rendre inopérantes, d’un

Coup d’épée dans l’eau,

En débitant leur balai,

Garant de leur pouvoir.

.

Je suis… ce nez

Qui sent venir le temps

De nos morts annoncées,

Prises dans le tourbillon

Du Devenir emballé sur

Son axe. Il hume, ainsi,

La fragrance des chairs

Chues dans l’entonnoir

Des amours éperdues

Qui mènent au Néant.

Elles se perdent là-bas

Et les relents putrides

Des corps décomposés,

Des âmes en perdition,

Interpellent les esprits,

Épris d’afflux d’images,

Grisés d’assauts d’émois.

Lesquels cherchent en vain,

Sans qu’ils osent se l’avouer,

L’équivalent du pif de la belle

Cléopâtre pour envahir le monde,

Pressés de serrer, entre leurs mains

Livides, le sceptre impérial qu’entoure

Un cruel serpent, mandaté par l’Enfer

Pour pervertir les masses, buveuses

D’élixirs qui leurrent leur entendement.

Car, comment, autrement, pourraient-elles

Continuer à sourire pour donner quel change ?

.

Je suis… cette main

Qui joue au bilboquet

Avec une jouvencelle

Sortie tout droit d’un

Conte qui ignore tout

Bonnement la portée

De ce manche qu’on

Enfile dans un trou.

Ses longs cheveux,

Bouclés et blonds,

Tombant sur ses

Épaules, elle rit

À chaque fois

Que la chose

Se fait, dans

Un bruit sec

Et bref. Dans

Ses yeux bleus,

Tout écarquillés,

L’on y voit un fier

Aigle, trompé par leur

Pure couleur, se croire au

Cœur d’un ciel d’été et planer

Au milieu de ces limbes rêvées,

En quête d’émois célestes.

Et… quand elle ferme ses

Deux paupières diaphanes,

Je sais qu’elle le chevauche.

.

Ces cinq sens, hélas,

M’en voilà pour toujours

Privé ! Par quelle volonté

D’un ange démoniaque,

Ce drame s’est-il produit ?

L’autan n’en sait trop rien

Comme d’ailleurs la pluie !

À n’avoir pas trouvé, à errer

Le long de maint chemin,

Une réponse plausible,

J’ai posé mes bagages

Dans un hôtel sans nom,

À deux pas des quais d’un

Vieux port, offert à tous

Les vents. C’est là que,

Chaque jour, à nour-

Rir mes pensées et

Mes envies de voyage

Au long cours, je me laisse

Porter par le piaulement des

Albatros en ces moments critiques

Quand il pleut, dans le ciel, des cordes.

Puis, le crépuscule venu, le soleil couché,

Tandis que mes ongles guillochent, sur un

Bollard en granit qui fait saigner mes doigts,

Ces mots débiles que mon imaginaire enfante,

La vraie vie, elle, indifférente à nos destins,

Âpres et fatals, n’en continue pas moins…

Ainsi, demain, mourrons-nous !

.

fichier pdfP 490 – Je suis…

Poème écrit par Philippe Parrot

Entre le 18 et le 22 octobre 2021

Image de prévisualisation YouTube

Image de prévisualisation YouTube

Regardez les vidéos ci-dessus sur YouTube, puis, pour me soutenir, abonnez-vous à ma chaîne ! Merci.

Découvrez un autre poème tout aussi absurde !

Poème 150 : Oniriques errances en Pays Imaginaire – 150116

Un texte-fleuve délirant, réservé aux seuls fous…

*      *     *     *

I need you

*      *      *      *

Pour accéder à la totalité de mes poèmes classés par ordre chronologique et thématique, veuillez cliquer sur l’une des bannières ci-dessous :

Tous mes poèmes de 1 à 100        0 - Tous mes poèmes  De 101 à 200 bf

Tous mes poèmes de 201 à 300        Tous mes poèmes de 301 à 400

0 - Tous mes poèmes  De 401 à 500        Tous mes poèmes par thèmes

*      *      *      *

Notification : Conformément au code de la propriété intellectuelle (loi n°57-298 du 11 mars 1957), il est interdit d’utiliser et/ou de reproduire et/ou de modifier et/ou de traduire et/ou de copier le texte ci-dessus, de façon intégrale ou partielle, sur quelques supports que ce soit : électronique, papier ou autre, sans l’autorisation expresse et préalable de l’auteur. Tout droit réservé.

 

Votre nom : (oblig.)
Votre email : (oblig.)
Site Web :
Sujet :
Message : (oblig.)
Vous mettre en copie (CC)
 

Les commentaires sont fermés.

Théâtre du Moment | Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | apprentie