Philippe Parrot – Poème hors champ 17056 (vidéo YouTube)
Hors champ 170526 : Le galeux…
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Tête baissée, yeux vers ses pieds,
— Coupable qui se sent épié ! —
Sans cœur et sans courage
— Dur et pleutre avec l’âge —
Vois « l’homme sans qualités » !
« Rivé » à des valeurs, héritées,
Qui dictent leur tyrannie ;
« Ancré » dans de vieilles manies
Qui nuisent au bonheur ;
« Oppressé » par de sottes peurs
Qui brident la volonté,
Il erre, sans jamais se hâter.
* * * *
Silhouette fantomatique
Aperçue — famélique —
Au détour d’un sentier,
Dans le massif forestier…
Prunelles dans le lointain,
Dans le jour qui s’éteint,
Enfiévrées par l’attente,
Longue et désespérante.
À l’approche de l’hiver,
Quel affligeant revers !
.
Le marcheur du dimanche,
Écartant une branche,
Distingue, inquiétant,
Son regard pénétrant,
Quémandeur de chaleur,
Essentielle à cette heure.
Mais, feignant de ne pas
Le voir, à grands pas
Il passe son chemin,
À l’image d’un gamin.
* * * *
Quelques mètres parcourus,
À suivre le tracé d’un étroit ru,
Voilà, dans un reflet de l’eau,
Que survient dans son dos,
Un zombi haut sur pattes,
Drôle d’image qui épate.
Sans s’arrêter d’avancer,
Sans savoir qu’en penser,
Il tourne son visage vers lui
Qui, épuisé et laid, le suit…
.
Accablé, le corps décharné,
Plein de poils, jusqu’au nez,
Par plaques arrachés, des…
Plaies sur sa peau tailladée.
Il progresse difficilement,
Chair meurtrie, assurément
Victime de maint sévice
— Pour quel bénéfice ? —
Puis, d’un vil abandon
Qui exclut le pardon.
.
Perdu en pleine montagne,
Il subit — sans hargne —
Son destin de chien errant
Vieux et malade, déchirant
Témoignage de la brutalité
Humaine, dans sa banalité.
* * * *
Sans oser se manifester,
De crainte d’être molesté,
Queue basse, gueule fermée,
Par un maître trop blâmé,
Il garde ses distances
De peur, avec violence,
D’être chassé. Pitoyable,
À son aspect peu enviable,
À sa démarche mal assurée,
Exténué d’avoir trop enduré ;
À ses yeux, mi-clos et tristes,
Son air abattu trahit, fataliste,
Qu’il s’en remet au destin
Pour décider de sa fin.
.
À son manque d’allant
Affiché sans faux-semblant,
À son extrême maigreur,
Preuve de ses malheurs,
C’est évident qu’il sent
Son Heure approchée. Sans
Ressort — résigné et passif —
Trop brisé pour être expansif,
Il se montre discret et effacé,
En retrait, prêt à s’abaisser.
À sentir ses forces le fuir,
Bête incapable de nuire,
Il attend par un geste, ou
Un mot, presqu’à bout,
Qu’on lui prête attention,
Une seconde, avec émotion.
.
Malgré sa détresse criante,
Sa marche lourde et lente,
Tout repoussant qu’il soit,
Privé par une brute d’un toit,
On dirait qu’il espère toujours
Une main venir à son secours ;
Une voix lui parler doucement ;
Un regard le rassurer pleinement.
* * * *
L’inconnu — mine honteuse —
A perçu sa prière silencieuse ;
A vu son imminente fin mais,
Faute d’être vraiment armé
Pour assumer une adoption
Qui nuirait à ses ambitions,
Honteux, il a accéléré le pas,
Sûr que l’autre, faible et las,
Se laisserait distancer, amer
De discerner, sur cette terre,
Qu’une fois encore, banni,
On ne veut pas de lui.
.
Sans gémir et sans geindre,
Sans chercher à le rejoindre,
Sur la sente étroite, en silence,
Pour masquer sa vive souffrance,
Pouilleux — en pestiféré délaissé,
Déchu mais digne — il s’est laissé
Distancer pour n’être plus, bientôt
Qu’un point à l’horizon. Incognito,
À pressentir sa mort prochaine,
Repoussé par tous, à la peine,
Il a cherché un petit coin retiré
Où mourir, par personne effleuré,
Seul face à l’indifférence du monde,
Perdu dans une solitude profonde.
* * * *
Randonneur incapable d’aimer,
Ton bien-être personnel a primé.
Paniqué à l’idée de faire entrer,
Dans ta vie, un autre rencontré,
Sale et malade, à refuser de t’en
Charger, dans le soleil couchant,
Tu l’as vite abandonné à son sort,
Au nom de ton sacro-saint confort.
* * * *
Tête baissée, yeux vers ses pieds,
— Coupable qui se sent épié ! —
Sans cœur et sans courage
— Dur et pleutre avec l’âge —
Vois « l’homme sans qualités » !
« Rivé » à des valeurs, héritées,
Qui dictent leur tyrannie ;
« Ancré » dans de vieilles manies
Qui nuisent au bonheur ;
« Oppressé » par de sottes peurs
Qui brident la volonté,
Il erre… hanté par sa lâcheté.
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Poème écrit par Philippe Parrot
Entre le 7 et le 13 mai 2026
Un autre texte consacré à un chien : Poème 192 : Gédéon
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