Philippe Parrot – Poème hors champ 140626 (vidéo YouTube)
Hors champ 140626 : Vieux père…
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Maintenant que je passe tous les matins
Te voir, quoiqu’il m’en coûte en chagrin,
À ta fatigue évidente, ta démarche lente,
Ta sale mine et tes épaules tombantes ;
À tes membres malingres et dénutris
Qu’a déjà fui ton âme sans patrie,
Je sens avec certitude, malheureux,
Que, bientôt, tu nous feras tes adieux.
* * * *
En effet, à te voir changer, méconnaissable,
Les traits tirés, l’air affreusement pitoyable,
La cruelle évidence m’oblige à faire le deuil
De mon enfance abandonnée sur ton seuil.
Pourtant, en tant que fils, comment accepter
Qu’on doive se quitter, peut-être avant l’été ?
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Tes mains osseuses et diaphanes, ensemble
En cadence, posées sur la table, tremblent…
Tes absences, chaque jour plus nombreuses,
Tes idées, chaque semaine plus fumeuses,
T’amènent à chercher vainement tes mots,
À ânonner de sottes paroles dans mon dos.
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Insidieusement s’est donc éteint la flamme
De celui qui fut — soucieux d’éviter les drames
Afin de m’apprendre à grandir — le protecteur
Toujours présent quand, gamin, j’avais peur.
Dis ! Qu’est devenu l’homme plein d’allant
Qui me portait sur ses épaules en riant ?
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Aujourd’hui, tu ne marches plus devant
Et rien n’est plus — hélas — comme avant.
Les rôles sont inversés et c’est le cœur serré
Qu’il faut me résigner à te voir ainsi sombrer.
Confronté à ta vieillesse, je réalise, bouleversé,
Envahi de regrets, combien le Temps t’a traversé.
* * * *
À ne plus pouvoir redevenir, nous en balade,
L’enfant que tu guidais, à te laisser en rade,
Emmuré dans le silence, je crains de faillir,
Au point, quand j’y songe, d’en tressaillir.
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Alors je t’en conjure ! Malgré la distance
Instaurée entre nous par l’existence,
Accroche-Toi ! Demeure encore là !
N’abandonne pas ton esprit las !
Que je te vois encore longtemps
Aller à petits pas sous le vent.
* * * *
Certes, tu me précéderas sur cet étroit chemin
Mais, avant que je ne l’emprunte demain,
Sache que tu réussiras — bien des soirs —
À t’extirper du tréfonds de ma mémoire.
Loin, à la frontière des aubes sidérales,
Je t’apercevrai souvent à l’heure matinale
Du réveil, conscient que c’est à Toi que je dois
D’accomplir le destin d’un homme animé de foi.
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Ravi de profiter de la vie, j’irai avec mes proches
Découvrir campagnes et cités avec, en poche,
Nos innombrables et poignants souvenirs.
Je m’épanouirai à me construire un avenir.
Projet en tête, sans Toi, je tracerai ma voie,
Accompagné ou non, mais libre de mes choix.
* * * *
Rasséréné par eux, me guideront tes yeux rieurs
D’autrefois qui m’allaient toujours droit au cœur.
Et, quand je viendrai te parler, assis sur ta tombe
Quelques larmes versées, nous referons le compte
De mes heures de bonheur dans tes bras de père.
Touchant modèle, à jamais gravé dans ma chair !
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Poème écrit par Philippe Parrot
Entre le 27 et le 31 mai 2026
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